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LES GUERRES PUNIQUES

Origines du conflit
Rome et Carthage entretinrent des relations amicales tant que dura la domination grecque sur le monde méditerranéen. En effet ces deux citées établirent trois traités commerciaux, ainsi qu'un traité de défense mutuelle en -279. De plus, Carthage envoie en -279 une flotte à Ostie soutenir les Romains contre Pyrrhus. Cependant, les Grecs sont définitivement écartés de la Méditerranée occidentale, au milieu du IIIe siècle av. J.-C., lorsque les successeurs d’Alexandre le grand les ont pris sous domination macédonienne. Leurs intérêts convergents ayant donc disparu, les deux cités rivales se retrouvent seules face à face.
Carthage dispose d'une avance non négligeable : La cité punique dispose de nombreux territoires, des côtes africaines à l’Hispanie. De plus, la Corse, la Sardaigne et les Baléares (toutes les îles de ce côté de la méditerranée) sont carthaginoises. Et l'achèvement de la conquête de la Sicile par les Carthaginois mettrait toute l'Italie du Sud à leur portée et les puniques pourraient être aux portes de Rome en moins de deux semaines. Il devient donc impératif au romains de prendre une décision pour protéger l’Italie, et leur seul espoir est la guerre.
Conflits pour le contrôle du détroit de Messine
A cette époque, deux colonies grecques indépendantes se situent de part et d’autre du détroit de Messine (entre l’Italie et la Sicile). Messana en Sicile, Rhegium à la pointe de la botte italienne.
En -289, Syracuse perd son roi et une bonne partie des soldats, des mercenaires, sont alors sans emploi. Ils s’emparent alors de Messine et en prennent les rennes après avoir massacré une partie des habitants.
Au même moment, les Romains s’occupent des villes grecques du Sud de l’Italie ( parmi lesquelles Rhegium ) et se heurtent à Tarente. Celle-ci demande le soutien de Pyrrhus en -280. Ce général intervient immédiatement, d’abord en Sicile, contre les Romains, puis en Sicile contre les Carthaginois. Carthage traite alors avec Rome et lui promet assistance contre leur ennemi commun, Pyrrhus.
Cependant, aucun accord ne sera respecté, ce qui va détériorer les relations entre ces deux peuples.
Pyrrhus fini par se retirer, et la Sicile occidentale revient sous contrôle Carthaginois tandis que Rome s’empare de Tarente en -272 et de Rhegium en -270. La prise de cette dernière inquiète les soldats de Messine, car cela les prive de leur allié. L’année suivante, le nouveau dirigeant de Syracuse, Hiéron II leur conquiert une partie de territoire. Les Mamertins (on appelait les mercenaires de Messine les Mamertins car ils proviennent de Mammertum dans le Bruttium) demandent alors l’assistance de Carthage et de Rome. Les Carthaginois, qui se trouvaient tout près à ce moment interviennent rapidement et placent une garnison à Messine. Cela à pour effet d’obliger Hiéron II à renoncer à ses projets de conquêtes.
Rome est hésitante : les Mamertins sont d’origine Italienne, et ils pourraient les aider par solidarité, cependant, ils se sont imposés à Messine par la force et ce sont des rebelles.
Carthage met à profit ce délai et envoie Hannon, grand général carthaginois. Celui-ci débarque en Sicile avec son armée et y consolide les positions Carthaginoises. Cependant, Messine s’est débarrassée de sa garnison Carthaginoise, et Hannon traite avec Hiéron pour lutter contre les Mamertins.
En -264, Rome décide d’intervenir, et le consul Appius Claudius Caudex est envoyé à Rhegium d’où il débarquera en Sicile, à Messine.
Hannon et Hiéron assiègent la citée et Appius leur demande de lever le siège. Ils refusent, prétextant que les Mamertins ont mérité des représailles. La guerre était déclarée.
Victoires navales et terrestres des Romains (264-256 av. J.-C)
La guerre débute en faveur des Romains. Ceux-ci battent les Carthaginois à plusieurs reprises et leur conquièrent quelques cités. Cela fait, ils forcent Hiéron à accepter une trêve de 15 ans.
Syracuse peut donc conserver son territoire, et les Carthaginois se retrouvent seuls face aux Romains.
Pas découragée pour autant, Carthage envoie des troupes à Agrigente. Les Romains en sont avertis et réagissent rapidement : Claudius et Marcus Valerius Messalla s’emparent de Ségeste et Agrigente tombe en -261 après un siège de 7 mois. Les soldats romains, épuisés par cette résistance saccagent la ville et réduisent la population à l’esclavage. Cependant, le général carthaginois put s’échapper avec le gros de ses forces.
Cette défaite convainquit les Carthaginois qu'ils ne l'emporteraient pas sur les légions en bataille rangée. Leur tactique fut modifiée en conséquence, avec des troupes renfermées dans quelques places bien fortifiées, où leur science de la défense des places fortes leur permettait de tenir les Romains en échec. Dans le même temps, des troupes légères harcelaient les convois de ravitaillements ennemis et la maîtrise des mers que conservaient encore les Puniques donnait à leurs navires de course toute latitude pour ravager les côtes italiennes et débarquer des soldats dans les villes du littoral sicilien. Pendant plusieurs années, cette tactique réussit. D'autant plus que sur un terrain qu'ils connaissaient de longue date, les Carthaginois bénéficiaient de la permanence d'un commandement tenu par des généraux expérimentés face à des consuls qui étaient renouvelés chaque année. Cette phase de la guerre marqua un tournant dans l'histoire militaire de Rome. Conscient qu'il n'aurait aucune chance de prendre le dessus sans se doter d'une marine de guerre, le Sénat, vers -260 entreprit de mettre en chantier une flotte de cent quinquérèmes et de vingt trirèmes. On rappellera que les Romains copièrent un navire carthaginois qu'une fausse manoeuvre avait mis entre leurs mains. Tous les chantiers navals de l'Italie méridionale furent mis à contribution, en particulier à Tarente, et l'on peut soupçonner que ce furent des Grecs qui fournirent des pilotes pour cette flotte improvisée. Après un premier essai malheureux, il revint au consul du nom de Duilius de donner à Rome sa première victoire sur mer après un combat où le fameux « corbeau » fit merveille. Ce dispositif permettait de harponner le bâtiment ennemi et de le maintenir bord à bord. Les Romains pouvaient alors refuser la tactique de l’éperonnage, chère aux marins carthaginois, et imposer celle de l'abordage, où leurs troupes de marine retrouvaient des conditions de combat qui leur étaient familières. C'est ainsi qu'à Mylae, les Puniques perdirent cinquante vaisseaux et leur amiral, ce même Hannibal qui avait réchappé au siège d' Agrigente peu auparavant, fut mis en croix en Sardaigne par ses propres soldats.
Retournement de situation (256-244)
Cependant, comme la lutte traînait en longueur et s'enlisait en Sicile, Rome résolut de frapper Carthage en Afrique même. Cette expédition fut confiée aux deux consuls de l'année -256, L. Manlius Vulso et M. Atilius Regulus. Une flotte carthaginoise essaya sans succès d'intercepter l'armada de trois cent trente navires qui avait appareillé de Sicile. Les consuls débarquèrent avec leurs troupes en un endroit stratégique, propre à assurer leurs communications avec la Sicile, et fortifié par les Puniques. Ces fortifications ne purent résister longtemps, et les troupes romaines ravagèrent ces riches campagnes. La petite cité de Kerkouane Drek fut prise et détruite .Peu après, sur ordre du Sénat, Manlius Vulso ramena le gros de la flotte en Italie, tandis que Regulus restait sur place avec quarante navires, quinze mille fantassins et cinq cents cavaliers.
Au printemps de l'année -255, Regulus se remit en campagne et remporta un premier succès à Adyn, non loin de Tunis. Le consul romain s'empara ensuite de celle-ci et y établit son camp. Les pourparlers de paix que les Carthaginois aux abois avaient alors menés avec lui par l'intermédiaire d'une délégation tournèrent court, à cause des exigences excessives de Regulus, qui prétendait ni plus ni moins imposer à l'adversaire l'abandon de la Sicile et de la Sardaigne, en y joignant maintes autres conditions: rachat des prisonniers, paiement d'un tribut annuel, etc. Là-dessus, les Carthaginois reprirent courage à l'arrivée, au milieu d'une troupe de mercenaires levés en Grèce, d'un officier lacédémonien du nom de Xanthippe, qui fut engagé‚ comme conseiller technique. Xanthippe releva les erreurs commises lors du dernier engagement par le commandement punique: il ne fallait pas affronter la légion sur un terrain accidenté‚ où sa structure souple lui donnait l'avantage sur la phalange carthaginoise plus lourde et moins manœuvrable. Sur terrain plat, en outre, la cavalerie et les éléphants, ces « panzers » de l'Antiquité‚ joueraient leur plein rôle.
L'armée carthaginoise s'en alla donc camper non loin de Tunis, et Regulus eut le tort d'accepter le combat sur le terrain choisi par l'ennemi, où Xanthippe régla la ligne de bataille punique: les éléphants couvrant le front sur une seule ligne, la phalange derrière, une partie des mercenaires sur l'aile droite, les plus mobiles d'entre eux, ainsi que les cavaliers, en avant de chacune des deux ailes. Regulus crut pouvoir résister au choc des éléphants en rangeant ses manipules en ordre profond, avec un front plus étroit. Ce qui se produisit en effet, mais sa cavalerie, moins nombreuse, tourna bride, laissant ses flancs sans protection. Cependant, son aile gauche, qui avait évité les éléphants, enfonça l'aile droite punique et prit du champ. Elle fut la seule à échapper au désastre et à rejoindre sa base de Clypea. Regulus fut fait prisonnier avec plusieurs centaines de ses hommes.
Ce sérieux revers fut encore aggravé‚ l'année suivante, en -254, par un véritable désastre naval. Les Romains avaient su se constituer rapidement une flotte de guerre; restait encore à acquérir l'expérience de la mer et la maîtrise des routes maritimes. Une flotte de trois cent cinquante navires, envoyée par Rome pour rapatrier les débris du corps expéditionnaire de Regulus balaya une force navale punique de deux cents bâtiments venus à sa rencontre. Ce brillant succès fut annulé‚ sur le chemin du retour, par une erreur des deux consuls romains qui, contre l'avis de leurs pilotes, voulurent longer les côtes sud de la Sicile et leurs dangereux parages. Au large de Camarine, une tempête expédia par le fond presque tous leurs vaisseaux ; seuls quatre-vingts d'entre eux échappèrent au naufrage. L'année suivante encore, en -253, les consuls Cn. Servilius Caepio et C. Sempronius Blaesus, piètres amiraux, se laissèrent surprendre par la marée et s'échouèrent sur les bas-fonds de la Petite Syrte. Ils ne s’en sortirent qu'en jetant par dessus bord tout le chargement de leurs navires. Ils voulurent rentrer en Italie par la route la plus directe: en pleine mer, une tempête leur fit perdre cent cinquante navires. A la suite de cette nouvelle catastrophe, Rome renonça à ces incursions maritimes lointaines. Les Carthaginois voyaient s'éloigner le danger qui les avait si fort menacés et reprenaient espoir. C'est en en -247 précisément, qu'ils élargirent leurs possessions africaines loin au sud-ouest de Carthage.
Achèvement du conflit (243-241)
En Sicile même, la guerre continuait avec des fortunes diverses.
Des revers d'abord pour les Carthaginois: après la prise de Palerme, leur plus importante possession urbaine, ils se virent réduits à leurs forteresses de l'extrême ouest sicilien, Lilybée ainsi que leur base navale de Tripani. Pour s'emparer de cette base, les Romains ne ménagèrent pas leurs efforts lors du siège de la ville : l'entrée du port fut barrée par des navires qu'on y coula, puis par une sorte de digue improvisée, que l'action de la mer cependant démantela, ce qui libéra l'accès. Et les vingt mille soldats que Rome avait mobilisés pour le siège de la ville ne purent venir à bout de la résistance opposée par les dix mille défenseurs placés sous les ordres d'Himilcon, gouverneur de la place. En -249, le consul Publius Claudius Pulcher veut en finir en surprenant dans la rade, avec cent vingt vaisseaux, la flotte carthaginoise. Cette tentative se solda par un grave échec et la perte de quatre-vingt-treize navires.
Quelques autres coups de main audacieux des amiraux puniques le long des côtes siciliennes découragèrent pour un temps leurs adversaires de les affronter sur mer.
Peu après, Carthage envoya en Sicile, pour relever Himilcon, le vaillant défenseur de Lilybée, un jeune général promis à un grand avenir : Hamilcar Barca. Ce dernier, de sa base sicilienne, multiplia entre -247 et -241 les raids maritimes sur les côtes italiennes. Pour mieux défendre les places fortes de Lilybée et de Drepanum, il s'installa sur l'acropole d'Eryx, un nid d'aigle à partir duquel il harcelait l'ennemi en fixant ses troupes non loin de son propre camp, dans la direction de Palerme.
Cette guerre durait depuis plus de vingt ans, durant lesquels on avait englouti, au fond des mers des sommes énormes sous la forme de centaines de navires perdus: 700 chez les Romains contre 400 chez les Carthaginois. Le trésor public ne pouvant plus subvenir à l'effort de guerre, le Sénat eut recours aux ressources prises à ceux qui avaient le plus intérêt à la victoire, et donc à la conquête de la Sicile. C'est ainsi qu'une flotte de deux cents vaisseaux, placée sous commandement du consul C. Lutatius Catulus, s'en vint couper Repanum et Lilybée de toute communication par mer. De son côté, Carthage avait envoyé une escadre apporter renforts et approvisionnements à Hamilcar. La rencontre navale décisive eut lieu en -241 dans les parages des îles Aegates, au large de la place tenue par les Puniques. Ce fut pour eux une défaite. Hamilcar Barca, qui perdait désormais tout espoir d'être secouru par mer, reçut de Carthage pleins pouvoirs pour engager des pourparlers avec le consul romain. Il obtint de lui les honneurs de la guerre pour ses soldats et pour ceux de Giscon, le gouverneur de Lilybée, qui purent garder leurs armes et demeurer libres, moyennant le paiement d'une modeste rançon. Pour Carthage qui n'occupait plus qu'une infime parcelle de la terre sicilienne, le traité de paix définitif pouvait paraître avantageux.
Elle abandonnait toute prétention sur la Sicile et sur les îles éoliennes. Les clauses financières, d'abord légères dans le premier projet de convention entre le consul et les négociateurs carthaginois, furent aggravées par les exigences du peuple romain.
Carthage dut payer immédiatement une énorme somme qui était cependant loin d'atteindre le montant du coût de cette guerre pour les Romains.
Nidor

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