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Discussion: L'invention de la démocratie en Grèce ancienne.

  1. #1
    Membre de l'équipe Avatar de Nexus30Swan
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    L'invention de la démocratie en Grèce ancienne.

    EXAMEN D'HISTOIRE ANCIENNE

    Exposé réalisé par Mr. Frihi, universitaire à Paul Valéry Montpellier.

    L'invention de la démocratie en Grèce ancienne.

    En occident, on a tendance à croire au « miracle grec ». On emploie cette expression car c'est la croyance soit disant historique qui s'est imposée dans les cultures occidentales (romaines), selon laquelle l'Histoire des anciens Grecs était miraculeuse.Quelque chose d'inattendu qui a offert à l'humanité (occidentale) un grand nombre d'idées, de concepts modernes, dont nous sommes aujourd'hui les héritiers. Il s'agit d'idées modernes qui laissent souvent penser que la civilisation grecque a apporté comme par exemple le vivre ensemble dans un État ou dans les cités. Les Grecs sont vus comme les inventeurs de la Cité par la majeure partie du monde mais c'est complètement faux. Cela étant, la notion de démocratie c'est à dire l''idée selon laquelle le pouvoir politique n'appartient ni a une famille royale, ni à un aristocrate, provient bien des Grecs ; pour preuve, le mot «démocratie » a pour étymologie les mots « Dèmos, Kratos », qui signifient « pouvoir au peuple ». Il ne faut pas croire non plus que les Grecs ont tous voulu la démocratie car même dans leur civilisation la démocratie demeurait un régime politique ultra minoritaire, c'est la raison pour laquelle elle se mettait toujours en place par la violence et par la révolution. C'est pourquoi nous allons tenter de répondre à la problématique suivante :

    Quels sont les étapes pour que des révolutions démocratiques puissent être possible en Grèce ancienne ?

    Nous allons tout d'abord expliquer quels régimes étaient en place en Grèce Antique, puis quels événements ont permis les révolutions et enfin comment ces révolutions se sont propagées. Ensuite nous allons évoquer le bilan et la suite de ces événements, enfin expliquer comment certains révolutionnaires en sont venus à penser les choses différemment.


    A chaque fois que les sources anciennes nous donnent des informations sur l'Histoire des cités grecques (littérature, épigraphies...), nous apprenons que ces cités vivaient dans le contraire de la démocratie c'est à dire dans l'oligarchie. Une oligarchie c'est un régime politique dans lequel subsiste une aristocratie (une élite) qui avait la main sur toutes les décisions importantes liées à la cité. On sait par exemple qu'à Corinthe, une des plus puissantes cité État, il existait une oligarchie extrêmement stricte et fermée sur elle même. Une oligarchie qui devait compter quelques dizaines voire une centaine de grandes familles qui régnaient sur la cité, et pratiquaient l'endogamie. C'est le fait de se marier dans un groupe fermé. Il faut donc imaginer à Corinthe une aristocratie représentant peut-être 1% de la population, et où tous les autres étaient écartés et interdits de se marier avec quiconque de l'aristocratie. Entre Corinthe et Athènes se situe Mégare, et les sources nous apprennent qu'à l'origine régnait une oligarchie ultra conservatrice. Nous en sommes informés par le témoignage du poète mégarien Théognis de Mégare. C'était un aristocrate oligarque qui haïssait le peuple, on a 1500 vers de Théognis dans lesquels il crache sa haine envers le peuple qu'il appelait lui même les kakoi, qui signifie littéralement les mauvais (les méchants, les lâches, les pauvres). On comprend à travers sa poésie que l'oligarchie qu'il admirait commence à faiblir.Il en ressort une sorte de révolution démocratique. Théognis a vécu au VI ème siècle avant J.-C. ; il est nostalgique dans sa poésie. Il y dit au jeune Curnos « Ne vas surtout pas épouser une fille des kakoi, car le sang noble de ta race qui coule dans tes veines sera pourri » et donne un exemple avec les gens qui font de la sélection avec de beaux chevaux pour se reproduire. Il pousse son jeune ami à épouser une fille des agathoi. Il ne faut pas souiller sa race. Et à d'autres moment Théognis se plaint que les choses ont changé, il dit qu'il regrette sa situation, qu'avant « les kakoi broutaient de l'herbe aux remparts de la cité » il les comparent donc à du bétail qui a pris le pouvoir de la cité. Si on remonte géographiquement, après Mégare on tombe sur Athènes et il se trouve que nous savons grâce à un ensemble de témoignages littéraires qu'elle possédait une oligarchie très stricte et les familles nobles qui détenaient le pouvoir étaient les Eupatrides, c'est à a dire « ceux de bon père », (de bonne naissance). La plupart des grands hommes athéniens étaient des eupatrides de par leur ancêtres. Aristote raconte qu' en 600 av. J.-C., avant la révolte de Solon, à Athènes la terre était aux mains des grands propriétaires, et que ceux-ci la faisaient travailler par des paysans très pauvres. Nous savons aussi qu'à Milet, en Ionie au VI siècle, une stasis (guerre civile) a eu lieu. C'était une société très riche et inégalitaire, le démos a pris le kratos puis a été chassé par les riches. Des actes barbares ont été commis par les deux camps. Le peuple insurgé aurait massacré les enfants des riches devant leurs parents. Thucydide nous raconte une révolution démocratique en 412 av. J.-C. à Samos, il explique que désormais les Samiens auraient inscrit dans leurs institutions que plus aucune femme se mariera avec un riche, on voit donc une telle haine enracinée, au point d'interdire les mariages mixtes dans les deux sens. Dans un passage méconnu de l'œuvre d'Aristote intitulée Politique, l'auteur analyse les régimes oligarchiques ; il part de l'oligarchie modérée à la plus extrême et conclut que d'une manière générale partout en Grèce les oligarques détestent le peuple, à tel point que dans certaines constitutions on faisait prêter le serment « Je jure de faire tout le mal possible au peuple ». En outre, les premiers sentiments démocratiques ne sont pas issus d'une mesure lente et progressive puisqu'à chaque fois qu'une démocratie se met en place à Athènes c'est par la violence, la plus brutale. L'exemple le plus connu est celui de l'instauration de la démocratie à Athènes qui s'est faite en deux révolutions. La première de 595 av. J.-C. est associée à Solon un archonte éponyme. Solon a fait gravé des lois en 595av. J.-C., lois affichées sur l'Agora à Athènes où Aristote a pu les lire et étudier. C'est donc d'après les travaux d'Aristote notamment Constitution des Athéniens que l'on connaît les événements de la révolution de Solon. Aristote décrit une guerre civile, qui a éclaté à Athènes, à partir d'une insurrection paysanne. En effet les Héctémores (les Hilotes d'Athènes) devaient verser une rente de 1/6 (d'où le nom), s'endettaient et se surendettaient de plus dans plusieurs sociétés, les lois autorisaient à un homme insolvable de se rendre esclave. Les agathoi se sont donc constitués un cheptel humain surendetté réduit à l'esclavage. Solon lui même sous forme de poème s'adresse à ses concitoyens et explique qu'il y eut une guerre civile sanglante ; on pouvait donc parler de lutte des classes. En 595 av. J.-C., il soulage les dettes et libère les paysans car la guerre était trop violente et à cette révolution paysanne s'est ajouté une révolution politique parce que Solon aurait créé les premiers tribunaux populaires. La justice indépendante et populaire est une condition obligatoire pour la démocratie en outre il aurait créé un conseil des 400 que l'on nomme la Boulè. Dans l'île de Chios, lors des fouilles, on a trouvé par chance dans les années 30, une extraordinaire inscription qui comportait : « boulè démotikè », mais le plus fascinant c'est la manière dont les lettres ont été écrites. En effet on les date vers 580 av. J.-C. Et cette inscription signifie en grec ancien « conseil populaire » ce qui laisse penser qu'il s'était déjà produit à Chios une révolution. Il est tentant de mettre en lien les événements d'Athènes et les inscriptions de Chios, en outre il est fort possible que soit les Chiotes se soient inspirés de Solon ou le contraire. Chios était aussi à l'époque archaïque le plus grand marché d'esclaves. C'est donc peut être à cause de cela que les événements se sont produits à Chios car ce phénomène de diffusion de la démocratie s'est propagé telle une contagion.


    Dans un second temps nous allons parler du bilan de la première révolution de Solon en 595. Tout d'abord nous avons vu que les paysans rendus esclaves ont été libérés, les dettes sont effacées de façon générale et une paix provisoire s'est installée. Cependant la guerre civile reprend peu après, elle est décrite par Aristote qui dit qu'elle a eu lieu parce que Solon a déçu beaucoup de gens. Les grands propriétaires très riches qui ont prêté des grains de semences, pour permettre aux anciens esclaves de se reconstruire se sont sentis lésés. Solon a interdit le système de servage, il a donc abolit la notion d'hectémore. Les grands propriétaires vont donc se tourner vers un grand marché d'esclaves, pour de la main d’œuvre, et Athènes se voit remplie d'esclaves. Aristote disait que les paysans de l'Attique réclamaient à Solon le partage des terres. En effet la masse paysanne réclamait l'expropriation des riches, et le partage les terres. Ce dernier a été refusé par Solon et Aristote explique que cela a contribué à l'anarchie à Athènes. Anarchie veut dire « sans archontes » (sans chefs), il n'y a donc plus de dirigeant, ainsi deux camps s'affrontent : les nostalgiques de l'Ancien Régime, et ceux qui en veulent encore plus. C'est Hérodote qui raconte l'Histoire. Le propos d'Hérédote consiste tout d'abord à expliquer les guerres médiques en racontant l'histoire de chaque cité. Il fait donc un logos (un discours écrit) sur Athènes en 560. Aristote et lui expliquent que vers 560 la guerre civile a des factions politiques, il les nomment pareil, c'est à dire Pédiens, les habitants de la plaines dirigé par Lycurgue, et les Paraliens, les habitants de la Paralie, il s'agit des habitants de la côte, dirigés par Mégaclès, de la famille des Alcménoides. Une troisième voix s'installe, dont le chef serait Pisistrate. Hérodote les appellent les hyperacriens. Aristote préfère rajouter une connotation politique à ces factions, selon lui les Pédiens étaient partisans de l'oligarchie alors que les Paraliens étaient des partisans de la voix moyenne. C'est alors Pisitrate qui prendra le pouvoir et qui devient tyran d'Athènes de 560-527 av. J.-C., il a été extrêmement populaire, on disait de sa tyrannie qu'elle était un âge d'or, un nouveau temps parce qu'il a instauré un impôt afin d'être redistribué de façons plus justes, comme par exemple le financement de la construction de grands travaux avec la première acropole luxueuse . Toujours selon Aristote la Grèce manquait d'eau ; avec l'argent de l'impôt il y construit des fontaines publiques pour que les paysans et leurs troupeaux puissent boire, il met en place aussi un réseau de canalisation, et pour finir il pratiquait des prêts sans intérêt. Pisistrate transmettra le pouvoir à ses fils Hippias et Hipparque, à sa mort en 527. On a toutes les raisons de faire confiance à Aristote, car il détestait la tyrannie. Toutefois en 510 le fils de Pisistrate est chassé par un certain Clisthène fils de Mégaclès, qui manigance la corruption de la pythie de Delphes afin qu'elle fasse de faux oracles pour que les Spartiates renversent Hippias, c'est alors qu'Isagoras qui prend le pouvoir d'Athènes contre Clisthène en remplaçant Hippias. A l'origine Clisthène n'avait rien de démocrate, nous le savons car il a collaboré avec le régime tyrannique de Pisistrate et Hippias et qu'il a toujours rêvé d'être tyran. Entre 510 et 508, Athènes se déchire à nouveaux, de manière épouvantable avec de nouvelle luttes de factions entre Clisthène d'un côté et Isagoras de l'autre. Clisthène est battu et chassé de la cité lui et 700 familles de sa faction politique. Mais il ne s'arrête pas là, il va faire un coup de maître, durant son exil il réfléchit et propose un marché au démos c'est à dire qu'il demande à revenir dans la cité et en échange il réinstaure la démocratie. Il scelle donc un pacte avec le peuple en 508 et Isagoras est expulsé. On s'aperçoit que Clisthène est respecté par les Historiens d'aujourd'hui mais on se rend compte qu'il est le fils de Mégalcès qui avait donné sa fille en mariage à Pisistrate, et a été magistrat sous la tyranie de celui-ci. Pour finir Clisthène doit son nom (qui est assez rare en Grèce ancienne) à son grand-père Clisthène de Sicyone, tyran de sa cité. Il est donc beau-frère et petit fils de tyran. Sa notion de la démocratie est donc douteuse.


    Pour conclure on peut dire que la démocratie n'est pas un régime tout fait parfait et définitif. Il doit sa naîssance à diverses violences et renversements politiques. On peut même rajouter qu'il a été élaboré et qu'il s'est radicalisé au fil du temps c'est un régime exceptionnel.Cette émergence de la démocratie s'est faite par le sang. C'est également un régime qui a voyagé car les révolutions auront fait écho de cité en cité, elles ont fait l'effet d'une tâche d'huile et se diffusent. Solon aura décidé d'élaborer de nouvelles lois ainsi que de nouvelles institutions et Clisthène avec son peuple savait parfaitement qu'en proclamant l'Isonomie en 507 trahirait l'oligarchie, car en donnant le pouvoir au peuple cela permettrait de changer et de calmer la situation dans laquelle le démos était majoritaire et réclamait un droit. En 508 Clisthène crée lui aussi plusieurs institutions comme la Boulè (le conseil des 500) ; l'Ekklèsia (Assemblée) ; l'isonomie c'est à dire chaque citoyen comptera pour une voie égale, et enfin l'iségorie qui est une idée selon laquelle dans l'Assemblée chacun avait un temps de parole égal qui était mesuré avec la Clepsydre. Enfin Clisthène qui était un fin stratège utilisera les mathématiques en vue de résoudre le problème de la lutte des classes, en effet il va utiliser le système des dèmes et des tribus afin de brasser la population et que plus personne ne puisse se prétendre supérieur de par le statut social de ces ancêtres et revendiquer des privilèges. La question est de savoir si ce système portera les fruits escomptés dans la démocratie athénienne de l'époque classique à venir...

  2. #2
    Prétorien Avatar de marcanius
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    January 2018
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    bonne lecture en perspective
    " nous pauvres mortels ne sommes qu'ombres et poussières !"

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