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Discussion: La culture matérielle à l'époque moderne.

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    La culture matérielle à l'époque moderne.

    La culture matérielle.
    « La vie matérielle, ce sont des hommes et des choses, des choses et des hommes » -Fernand Braudel, civilisation matérielle. La citation de cet ouvrage nous donne une première idée de ce que représente la culture matérielle.


    Marcel Mauss, père de l’anthropologie française, définit la culture matérielle comme l’ensemble des formes acquises de comportements dans les sociétés humaines. La culture englobe les gestes, les croyances, les rituels, savoir-faire et sentiments des individus qui composent les sociétés. De cette première notion découle celle de culture matérielle à laquelle plusieurs définitions sont attachées, elle peut être définie comme l’ensemble des objets fabriqués par l’homme et appréhendés sous un angle culturel et social. La culture matérielle n’est pas figée et évolue selon les époques et les contextes.

    La culture matérielle; ou l’histoire des choses banales; fut souvent délaissée, les historiens n’avaient que faire des questions de la vie quotidienne ou de ses objets préférant une histoire constituée des grands personnages ainsi que des administrations royales ou pontificales. Cela malgré peut être une première tentative au XVIIIe siècle avec Voltaire dans « des Nouvelles considérations sur l’histoire » de 1744, où il a souhaité faire une histoire des hommes et non des rois. Toutefois, c’est surtout au XIXe siècle que l’engouement pour l’histoire est notable. Cependant, il reste que la culture matérielle conserve une place ambiguë entre curiosité et mépris tout au long du XIXe et du début du XXe siècle.
    Il faut alors attendre l’avènement de l’école des annales. Comme dans de nombreux domaines, l’émergence de l’école des annales permet un renouveau historique en ce qui concerne la culture matérielle. Même si ce n’est pas leur domaine de prédilection, les pères fondateurs que sont Marc Bloch et Lucien Febvre contribuent dans leurs ouvrages à améliorer la connaissance sur les aspects de la vie quotidienne des hommes. Marc Bloch s’est, par exemple, penché sur les outils et les pratiques agricoles des époques médiévales et modernes. Toutefois, le travail le plus notable est celui de Fernand Braudel. Il entreprend à la fin des années 1950 une œuvre en trois tomes qui est publiée en 1979 sous le titre « civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe-XVIII siècles ». Le premier tome, celui qui nous intéresse, traite directement sur ce qu’est la culture matérielle. Il nous parle de la vie de tous les jours des hommes telle qu’elle s’impose à eux, il traite de façon novatrice des thèmes qui nous intéresse tel que l’alimentation. Au lieu de prendre le sujet en parlant des disettes et des famines, il évalue les besoins alimentaire des hommes, étudie le mobilier et les manières de manger. En France comme dans le reste de l’Europe, l’époque moderne occupe une place essentielle dans l’histoire de la culture matérielle. La période voit en effet l’amorce du passage d’une société de la rareté à une société de l’abondance. Sous l’effet conjugué des transformations économiques, de l’ouverture grandissante de l’Europe aux produits venus d’outre-mer et des mutations sociales ainsi que culturelles, l’univers matériel des français commence à se peupler d’objets plus nombreux, de meubles spécialisés, de vêtements plus souples et plus colorés. Le XVIIIe siècle, marque en France un tournant. La fin d’un long règne autoritaire et profondément individuel, celui de Louis XIV, qui meurt le 1er septembre 1715. S’ouvre alors une période de transition politique, celle de la régence de Philipe d’Orléans. La politique qualifiée « libérale » pour l’époque du régent va permettre une diffusion de nouveautés qui nous intéresse particulièrement, l’évolution matérielle sous cette période est notable et il ne faut pas négliger le rôle de cette transition politique dans ce changement de mœurs et des pratiques des français. Bien qu'inanimés, les objets sont des acteurs de premier ordre dans les rapports sociaux et de leurs évolutions. Ils contribuent à la construction des hiérarchies et des positionnements.
    C’est dans cette logique que nous nous poserons la question suivante : quels sont les éléments de la notion de « culture matérielle » au XVIII en France ? En quoi cette notion marque-t-elle aussi une différenciation sociale entre campagne et ville ?

    En cela, nous traiterons des modes alimentaires et différences selon l’endroit ainsi que la classe sociale à laquelle un homme appartient. Nous parlerons aussi de l’habitat des français. Enfin nous aborderons la place de la mode vestimentaire et des objets du quotidien.

    L’alimentation est le premier secteur de la notion de culture matérielle à être autonome et avoir de l’importance. Les historiens se sont en effet intéressés très rapidement au rapport qu’induit la nourriture, ses crises de subsistances et les pratiques agraires. Il faut cependant attendre les années 1980 pour voir les historiens s’intéresser à celle-ci dans un cadre anthropologique, une relecture culturelle.
    La première image que l’on se fait de des français de l’Ancien régime, est souvent l'image d’un petit peuple ne mangeant pas à sa faim passant souvent aux famines ou aux grandes crises de subsistances du XVIIe et du XVIIIe siècle telles que celles du règne de Louis XIV (1661-1662) et (1693-1694) ou bien encore le terrible hiver de l’année 1709. Même si il est vrai que leur situation alimentaire est loin d’être bonne, elle est tout de même correcte en tout point. Notre premier exemple est l’importance des céréales. En effet, à travers quelques chiffres on se rend, facilement, compte que la consommation journalière de céréales a doublé voir triplé en quelques siècles (de 500-600 grammes de pain entre le XIVe et le XVIe siècle, elle semble être montée à 1K voir 1,5KG entre le XVIIe et le XVIIIe). L’erreur ici serait de voir une amélioration dans l’alimentation par cette augmentation alors qu'en réalité il s’agit plus d’une détérioration alimentaire. En effet, leur alimentation est monotone et ils sont dépendants de ces céréales. Pour la grande part des français de l’époque moderne les céréales constituent 80% des apports caloriques quotidien. La guerre des farines en 1775, suscitée par la politique de libéralisation du commerce des grains par Turgot, montre l’importance des céréales dans l’alimentation de tous les jours de ces populations. L’essentiel des céréales est consommé sous forme de pain, pour des consommateurs qui étaient dans leur immense majorité des chrétiens : l’objet du pain revête une dimension symbolique pour ces populations. Dans les campagnes, le pain était fait d’ordinaire de farine de méteil : un mélange de froment et de seigle. En temps de crise lorsque les récoltes étaient mauvaises, les paysans utilisaient l’orge ou l’avoine. Les consommateurs modestes mangeaient un pain complet alors que les plus aisés consommés un pain blanc. Pour les populations les moins aisés le pain ne pouvait être de luxe car le blutage (l’opération qui consiste à séparer le son et la farine) faisait perdre trop de quantité de pain pour ces populations). On constate tout de même une amélioration du pain froment dans la campagne du XVIIIe. Dans un souci d’épargner, les consommateurs les moins aisés mangeaient aussi leurs céréales sous forme de bouillies : préparation du plat simple, on peut même en faire des galettes. Toutes les provinces du royaume consommaient ce genre de préparation, la céréale privilégiée dépendant des spécifiés agricoles locales.
    La primauté des céréales est alors un fait indéniable, cependant il ne faut pas s'arrêter sur celle-ci et s'attarder d'autant plus sur d'autres aliments pouvant être oubliés.
    En cela, nous pouvons prendre l'exemple de la soupe. Cette dernière était presque autant essentielle dans le quotidien des paysans. En effet, elle était consommée à chaque repas de la journée, à l’exception d’une éventuelle collation. Elle présente un grand nombre d’atouts pour le consommateur peu aisé. Elle était tout d’abord très simple à réaliser, la cuisinière n’avait qu’à plonger ses légumes dans de l’eau. C’est un plat qui permet d'autant plus de limiter les pertes alimentaires, les légumes n’étant pas épluchés. Tous les légumes pouvaient entrer dans la composition de la soupe quotidienne : poireaux, carottes, panais, navets, oignon, épinards, choux… que l’on prépare en bouillies mais pas que, puisque les campagnes disposent tout de même de certains ustensiles tel que la poêle.
    Quant à la viande, elle est rare sur la table du paysan. Elle est mangé salée pour des raisons de conservations. Mis à part les foyers de laboureurs, foyers les plus aisés, on note une consommation de viande fraîche lors des jours de fête alors qu’elle était consommation courante en ville. Pour les ruraux modestes c’est essentiellement du porc. La pêche en rivière, en étang et sur les littoraux permettait aux foyers modestes de compléter leur ration alimentaire d’aloses, de carpes, de brochets.
    S’il faut donc éviter le piège de la misère, il faut néanmoins tempérer certains propos. Les campagnes mangeaient à leurs faims mais elles vivaient dans une angoisse constante de la famine. Nous allons étudier maintenant la différence qui peut s'observer avec les modes alimentaires des populations plus aisées.
    l’alimentation des catégories dominantes se définissaient très largement dans un rapport dialectique à l’alimentation populaire. Pain blanc contre pain noir, viandes contre céréales. Toutefois, la distinction ne s’arrêtait pas qu'au contenu puisque qu'elle s'observe tout autant dans les pratiques du repas et cela dans les manières comme dans la consommation.
    Au moins autant que par les choix des produits et la façon de les accommoder, la distinction alimentaire des élites modernes s'opère tout d'abord par les moments établis pour consommer. À la différence des paysans, qui doivent se soucier des travaux des champs et qui gèrent leur journée selon le rythme du soleil, « les élites » ne cessent de décaler leurs heures quotidiennes des repas alors au nombre de quatre (déjeuner, dîner, goûter et souper). Le déjeuner, premier repas de la journée, était pris au réveil. Ce premier repas, était souvent léger, constitué d’une tasse de bouillon, et par la suite, de chocolat ou de café. Puis venait le dîner, qui a subi une énorme évolution horaire en quelques siècles, en effet nous passons de 10h au XVI siècles pour atteindre 22 à 23H à l’époque des lumières. Ce changement très radical d’horaire eu lieu à Paris mais aussi en province. Ce glissement des horaires est à mettre en lien avec les pratiques sociales des aristocrates qui se déroulement plus tardivement le soir et qui sont tournées dorénavant vers les spectacles d’opéras ou de théâtres ainsi que la fréquentation des salons, bals. Si les festivités duraient jusqu’à tard dans la nuit, on pouvait offrir une collation à ses invités : en règle générale des gourmandises sucrées, des fruits frais par exemple, des confitures. L’abondance que nous retrouvons à ses tables s’expliquent par un besoin d’affirmer sa puissance sociale, c’est un signe distinctif de l’appartenance à l’élite. On remarque ce besoin d’affirmation par la table depuis la fin du moyen âge, mais il s’affirme encore plus dès le XVIIe siècle. Le repas était servi en quatre services : le premier était celui des potages et des hors-d’œuvre (les entrées), au XVIIIe siècle ces bouillons pouvaient être rempli de pâtes ou de riz. Les hors-d’œuvre étaient des petits plats chauds dont les ingrédients pouvaient être très variés. Le second service, pouvait être considéré comme le cœur du repas. On y servait des viandes et volailles rôties accompagnées de salades composées d’herbes et de racines. Le troisième est en continuité avec le second, on propose encore des viandes, des gibiers, mais aussi des plats à base d’œuf, des tourtes et des tartes par exemple. Le dernier service était celui des desserts composés pour la plupart de fruits crus ou cuits mais aussi de fromages, de gaufres ect… . Le service à la française répond à ce besoin spécifique de montrer son appartenance avec cette proposition lors de repas d’une quantité extraordinaire de nourriture. Les invités ne mangeaient en effet pas tout ce qui était proposé, mais c’est par cette proposition d’offre abondante que les élites se distinguent des paysans et affirment leurs puissances sociales.
    Cette grande proposition de nourriture oblige aussi de posséder une grande vaisselle. Commençons par l'exemple d’un parlementaire bordelais, Bacalan , qui à sa mort en 1772, possédait 320 assiettes, 36 couverts, 67 plats, 1248 serviettes et 104 nappes. La trinité : fourchette, couteau et cuillère s’impose peu à peu autour de l’assiette et sera adoptée au début du XVIIIe. Si l’usage du couteau et de la cuillère est déjà connu, celui de la fourchette est récent, en effet nous savons qu'encore sous le règne de Louis XIV, le roi utilisait ses doigts pour manger, l’usage de la fourchette ne prend alors réellement position qu’à partir du XVIIIe. L’usage d’objet pour s’alimenter est encore une autre façon de se distinguer et de montrer sa richesse. Cette utilisation pour se nourrir rentre dans une logique de savoir vivre, dans son « traité de civilité » (publié début fin du XVIIe, début XVIIIe) Jean Baptiste de la Salle consacre un chapitre entier à ces objets. La fourchette par exemple servait de différenciateur entre l’homme et la bête dans la façon de se nourrir. Les couverts instaurent des règles de propreté et individualise le partage alimentaire.
    De cette première approche découle deux modes alimentaires tout à fait différent entre les campagnes et les villes. L’alimentaire est le premier facteur de différenciation sociale de cette notion de « culture matérielle ». L’objet et la nourriture sont utilisés par les classes aisées pour montrer cette différence sociale. D'autres facteurs sont tout autant utiles pour voir cette différenciation comme par exemple l'habitat.

    La maison des « champs »
    Encore une fois en lisant les sources du XVIIe et du XVIIIe, on imagine une situation d’extrême misère pour les paysans qui sont présentés par des auteurs de classes aisées, sous un jour sombre. Si il est vrai que la situation de quelques cas est d’une pauvreté fortement marquée, il faut tempérer les propos des contemporains du XVIIIe. Cette fausse image renvoie à l’idée que se fait une classe dominante sur une classe de dominée. Nous allons prendre l’exemple de la province de la Bretagne et d’une enquête menée sur l’habitat breton au XVIIIe dirigée par Annie Antoine pour démontrer cette fausse vision que nous donnent les auteurs contemporains de l’époque. Le stéréotype d’habitations qui ressemblaient à des cabanes est faux, les actes notariés et seigneuriaux montrent que les maisons étaient essentiellement construites en pierre avec des murs épais dans la région de Vitré. Dans la région de Janzé sur 178 bâtiments recensés 153 étaient en pierre, 23 en terre, et seulement 2 en non terre. L’enquête détruit aussi le stéréotype selon lequel les toits seraient formés la plupart du temps avec des végétaux, toujours autour de la région de Janzé, le recensement montre que sur 183 toitures, 162 sont en ardoise. Mais dans les faits, ce que nous devons noter, c’est qu’il n’y a pas de « type » précis d’une maison rurale, ce que nous allons voir, c’est qu’il existe une pluralité de maisons à la campagne.
    De nombreux facteurs contribuent à cette pluralité. Le premier, la structure de la famille. Le logement pouvait changer selon cette dernière. De la famille nucléaire à une famille élargie jusqu’à une famille polynucléaire les situations étaient variées. Si on généralise nous pouvons faire une séparation facile entre la France du Sud où la transmission de l’héritage allait à l’aîné et de la famille polynucléaire ou élargie, à une France du Nord où existe le système du partage égalitaire ainsi que de la famille nucléaire. Dans la France nous retrouvons donc des logements forcément plus grands, car nous retrouvons une famille établie sur plusieurs générations. Les hiérarchies sociales à la campagne entraînent aussi une large gamme de différence d’habitat. Le manouvrier par exemple ne disposait pas des mêmes conditions que du Laboureur prioritaire. En Beauce près de Paris par exemple, les fermiers, en règle générale, disposaient d’une maison pour y habiter, d’un fournil, d’une écurie, d’une grange ect… en opposition avec les petits paysans qui disposaient d’une maison d’habitation, une étable et d’un toit à porcs. Les manoirs des seigneurs en campagne n’étaient pas forcément plus grands, mais ils disposaient de quelques marqueurs de différence sociale comme le colombier : privilège du seigneur. Les presbytères des curés étaient souvent vastes, mais leurs états dans la plupart des cas laissent souvent à désirer. Même s’il faut noter qu’à partir du XVIIIe, les communautés villageoises en charge de l’entretien des presbytères furent des efforts. Les matériaux pour construire ces bâtisses étaient tout aussi variés. Il faut tenir compte des variations micro-locales, car les artisans et paysans ruraux construisent souvent eux-mêmes leurs maisons avec les matériaux disponibles sur place. Le déplacement de pierre pour la construction de maison en pierre avait un coût pour les ménages les moins aisés qui privilégient la terre à la pierre. La disponibilité et l’accessibilité aux matériaux faisaient donc varier l’habitation. Pour ce qui est de la toiture, les toitures végétales sont encore prédominantes si on en croit l’encyclopédie aux siècles des lumières. Mais il serait illusoire de croire à cette norme après tout ce que nous avons montré sur la variation des maisons dans les campagnes. Passons maintenant aux maisons des villes.

    Minoritaire pendant toute l’époque, la population urbaine connaît un accroissement assez important durant toute la période passant de 2,7 millions d’habitant en 1600 à 5,8 millions en 1789. Le logement en ville est très différent de celui des populations rurales du fait de la concentration de la population (densité et manque d’espace). L’une des caractéristiques principales des villes modernes était l’étroitesse des rues. A Rouen par exemple, quatrième ville du royaume en 1700 avec 64 000 habitants, 15% des rues faisaient moins de 5 mètres de large. La même situation est remarquable à Paris à la même époque. Seuls les bâtiments publics, les hôtels particuliers aristocratiques et les ensembles ecclésiastiques dérogeaient à cette règle. L’autre contrainte majeure réside dans la mode de construction parcellaire. Ce mode de construction fait que la plupart des habitations de la ville sont assez étroites. Toutefois, même si elles présentent cette étroitesse elles n'en demeurent pas moins longues. Les parcelles amenaient ainsi à une construction qui se voulait exploiter la profondeur. La parcelle était coupée par deux bâtiments, l’un donne sur la rue l’autre sur la cour qui les séparait. L’autre moyen dans les modes de construction qui permet de gagner en surface habitable est la hauteur donné aux habitations. Par exemple à Bayonne au XVIIIe, les maisons comportaient souvent un rez-de-chaussée, 2 ou 3 étages et un grenier. On remarque cette prédominance de la hauteur à la même époque dans plusieurs grandes villes du royaume : comme à Lyon par exemple : les bâtiments de quatre ou cinq étages étaient majoritaires. Mais cette hauteur est remarquée surtout dans la capitale. Dès le XVIIe, la ville de Paris avait couramment trois à quatre étages et il n’était pas rare de trouver des bâtiments encore plus hauts. Au milieu XVIII, en 1750, les immeubles de quatre étages prédominaient dans la ville. La seconde moitié du XVIII vit la hauteur grimper encore un peu plus avec un cinquième étage. Jusqu’en 1783 la hauteur est tout de même limitée à 48 pieds (soit environ 15 mètres et demi). Il faut tout de même tempérer cette généralité par rapport à la ville de Paris, tous les quartiers n’atteignent pas une si grande hauteur. Cependant, le XVIII connu une évolution liée à de nouvelles conceptions urbanistiques. On assiste à un changement des centres villes : aménagement de jardin et augmentation des espaces urbains. Paris passe de 800 hectares en 1640 à 1100 en 1715, puis à 3300 à la veille de la révolution. Les surfaces de construction s’élargissent ce qui permet une augmentation des surfaces habitables, c’est l’émergence de l’immeuble comme habitat collectif. Les maisons urbaines comme dans les campagnes abritent plusieurs foyers dans le même espace (à l’exception de la ville de Rouen). Il n’était pas rare que le propriétaire ; ou le locataire ; loue ou sous-loue une pièce dont il n’avait pas besoin.
    En ce qui concerne les matériaux de construction au XVIIIe, la pierre prédomine même si le bois ne disparaît pas totalement. Que ce soit à Paris ou à Lille par exemple, le recul de la maison en bois est très net. En ce qui concerne la sécurité de la toiture par exemple, les toitures végétales représentaient un véritable danger pour ces habitations. On substitue la paille à la tuile et ainsi à la fin du XVIIIe à paris on trouve 95% des toits en tuile.
    Passons maintenant à l’aspect intérieur des maisons des villes. Ce que l’on remarque dans les maisons les plus aisées, c’est le début d’une spécialisation des pièces et la présence d’un mobilier plus abondant qu’en campagne ou que dans des maisons de villes plus modestes.
    Le manque d’espace des foyers à l’époque moderne explique la polyvalence de certaines pièces de la maison. C’est à partir du XVIIe que l’architecture et la disposition de certaines pièces changent. Le salon, par exemple, des palais italiens importés en France : il s’agit d’une grande pièce de forme variable s’élevant sur deux étages au XVIIe. Au XVIIIe, il perd en hauteur, mais reste la plus grande pièce de la demeure avec une double fonction, celle de pièce centrale et celle de pièce d’accueil des invités lors de réception. Il devient le lieu de la sociabilité aristocratique. Dans le même temps, apparut une pièce destinée à manger : « la salle à manger ». Elle apparaît sous Louis XIV, mais ne se développe qu’à partir du XVIIIe. Les provinces suivent le rythme de la capitale, en témoigne l’exemple de Toulouse à la fin XVIIIe. En effet, 86% des hôtels parlementaires disposaient d’une salle à manger clairement identifiée. Le XVIIIe marque aussi la division des espaces, fini les grandes pièces, c’est la recherche de l’intimité. L'individu fortuné profite d’un intérieur douillet et d'une protection de sa vie intime. La masse de la population, elle, reste à l’écart de cette évolution de l’habitat et en campagne le constat est pire car nous sommes encore sur une pièce unique sans compter qu'aucune spécialisation de pièce n’est remarquée. La dernière distinction notable repose sur le « confort » et sur le mobilier qui va de pair. Le premier élément est la présence de fenêtre et de lumière. Là aussi il nous faut éviter l’image d’une campagne misérable, même si dans la majorité des cas la présence de vitre est assez rare en campagne et cela même au XVIIIe. En ville l’adoption de la vitre est rapide, on l'a situé dès le moyen âge. Lors de la seconde moitié de l’époque moderne, les progrès en verrerie permettent pour les classes les plus aisées de poser des vastes carreaux lumineux et moins pesant à l'inverse de verres rondes dans les petites pièces. Au XVIIIe, ce qui est recherché, c’est la lumière, c’est ce que nous avons vu précédemment : ce mode de vie en soirée avec les spectacles et les réceptions tardives qui obligent les classes aisées à maîtriser cette lumière. Cette maîtrise est aussi un moyen de se distinguer. Les citadins parisiens dans la seconde moitié du XVIIIe connaissent tout de même eux-aussi une amélioration en ce qui concerne ce point (63% des foyers possèdent des chandeliers nous témoignent les inventaires après décès). Le miroir se démocratise grâce à l’amélioration des techniques mais aussi grâce à sa production plus importante qui fait par conséquent baisser le coût d’achat. Passons désormais à notre dernier exemple, la transformation du mobilier.

    Le mobilier est aussi un élément de confort, son évolution est liée à celui de l’habitat et elle est très perceptible aux siècles des lumières. Aux premiers siècles de l’époque moderne, les éléments essentiels du mobilier présent sont le coffre et le lit. La seconde partie de l’époque moderne marque l'évolution nette du mobilier. Le lit reste primordial et la reste la pièce d’ameublement la plus chère. Effectivement, chez les paysans cette pièce représente 69% de la richesse mobilière au XVIIIe. Le coffre quant à lui perd petit à petit de sa primeur en ce qui concerne les meubles de rangement avec l’apparition ou le développement de l’armoire.
    L’armoire permet un classement des objets nécessaire dû à la multiplication de ces mêmes objets. Le remplacement du coffre par l’armoire n'a pas le même rythme partout. À Paris comme à Nantes, l’armoire est déjà présente dès le début XVIIIe, le coffre est relégué en cuisine. De même chez les curés, où l’armoire remplace le coffre au XVIIIe. Concernant les ruraux, il accuse un net retard sur les citadins et les paysans les plus prospères (laboureurs). En île de France ce sont ces laboureurs qui adoptent, voir même la commode, symbole de richesse supérieure dans les années 1730. On l'a retrouve toujours installée de manière à ce qu’elle soit visible, pour bien marquer la différence sociale alors que le coffre lui tend plus à se trouver dans des pièces secondaires de la maison marquant ainsi son recul. La table, elle, conquit l’intérieur français dès les années 1650, la plupart des intérieurs parisiens en étaient dotés au XVIIe et XVIIIe. Les campagnes suivirent le pas des villes, à l'image de la Maine, les ménages les plus aisés des campagnes disposent déjà d’une table et de bancs dès la fin du XVIIe, les moins aisés disposent tout de même d’une table dès le début du XVIIIe, vers 1715. Au XVIIIe, 80% des intérieurs des environs de Redon étaient meublés d’une table.
    Le siège, lui, connu la progression la plus nette dans le mobilier notamment avec la place significative de la chaise. Au XVIIIe, on l'a trouve dans 60% des habitations de Paris, les paysans alsaciens par exemple qui en 1700 n’étaient que 10% à posséder la chaise, sont plus de 59% en 1789 à l'a posséder. Cette progression témoigne d’une façon de s’asseoir : plus légère et plus maniable que le banc, elle permet aussi de mieux contrôler l’espace en fonction du nombre de personne dans la pièce. C’est aussi grâce à l’imagination et les progrès réalisés par les ébénistes du siècle des lumières que le développement de la chaise et d’autres moyens pour s’asseoir se développent. C'est à l'image de la Bergère, une sorte de fauteuil qui fit son apparition dans les années 1720. Le XVIIIe vit aussi le succès des cabriolets, autre sorte de fauteuil, des duchesses (qui permette le repos des jambes), des sofas, des sultanes. La même innovation fit naître une foule de petits meubles, comme des tables de petit format destinées à des usages spécifiques. Elles existaient déjà au XVIIe ; elles servaient notamment pour les jeux. Toutefois, c'est au siècle suivant, au XVIIIe, qu’elles connaissent un essor important et cela à partir de 1730 avec ces mêmes tables de jeux (brelan, tric-trac par exemple) ou tables de nuit ainsi que tables à ouvrage… . La diversification et la multiplication touchent de façon plus modeste, bien sûr, les milieux populaires les moins riches. Entre 1775 et 1790, 11% des domestiques parisiens possédaient une bergère contre 1% au début du siècle, 10% possédaient une table à jouer contre 3% au début du siècle. Les masses rurales quant à elles restèrent pour l’essentiel à l’écart de ces évolutions. Leurs meubles restèrent dans la grande majorité des lits, des coffres, des tables et parfois des bancs ou des chaises. Terminons maintenant, par une étude de la possession d’objet du quotidien dans les ménages français.
    Comme nous l’avons déjà souligné précédemment la multiplication des objets dans les intérieurs est un des phénomènes les plus importants de la culture matérielle à l’époque moderne. Concernant deux exemples concrets comme les fourchettes et les livres, on retrouve ces derniers dans les inventaires après décès de 95% des ménages aisés, 85% de ceux des artisans, de 50 à 60% de ceux des laboureurs et même de 40% des paysans les plus pauvres. Le triomphe de l’objet au XVIIIe, fut porté essentiellement par le succès des céramiques. Cette céramique s’impose dans la vaisselle et les ustensiles de cuisine. À Paris sous Louis XVI, même si on remarque que les ustensiles métalliques gardent une place importante, ils durent au fil du temps laisser place à d’autres formes d’ustensiles en porcelaine. Les progrès de la chimie au siècle des lumières permirent l'essor rapide de la céramique. La montée de la consommation fut aussi marquée par le succès des bibelots et autres petits objets utilisés pour agrémenter son intérieur et non pas utilisés pour leur utilité. Même les consommateurs les plus modestes commencent à profiter des objets superflus et du plaisir. On remarque cette évolution grâce aux inventaires après décès rédigés par les notaires parisiens qui remarquent par exemple, des petites figurines de bronze ou de cire … . Pendules ou horloges qui représentent le luxe sous Louis XIV, sont désormais présentent dans plus de 40% des ménages parisiens sous après 1750. Les intérieurs populaires du XVIIIe étaient ainsi plus fournis que ceux des siècles précèdent. Toujours grâce aux inventaires après décès, on remarque le souci grandissant que pouvait avoir ces populations en ce qui concerne le décor de leur intérieur.
    Passons maintenant à une dernière partie, qui va concerner le vêtement et les objets du matériel, dans un premier partie nous verrons les pratiques d’hygiène et le vêtement pour terminer sur les objets du quotidien.
    L’habit est un indicateur important de la lecture sociale que l’on peut faire grâce à lui. Il répond à des normes morales, une vision du monde sociale et une hiérarchie des rangs.
    Dans un premier temps parlons des pratiques d’hygiènes qui participent aussi comme marqueur social. L’usage de l’eau, en recul, au XVIe et XVIIe ne doit pas être vu comme une victoire de la « saleté » mais plus comme un changement dans les pratiques de la propreté corporelle. En effet, les milieux médicaux déconseillaient une trop forte utilisation de l’eau, celle-ci rendant la peau plus sensible aux miasmes et donc aux maladies. L’essentiel des pratiques de propreté passait par d’autres biais, comme par exemple le fait d’avoir une garde-robe conséquente pour pouvoir se changer tous les jours. La propreté de l’habit valait donc pour celle du corps. Seuls les milieux aisés pouvaient se permettre ainsi une garde-robe importante. L’eau ne revient que sur le devant de la scène au XVIIIe siècle encore une fois « grâce » aux élites. L’eau passe du statut de dangereuse à celle d’un produit qui a des vertus apaisantes sur la peau. La propreté induit aussi alors un recours aux produits cosmétiques, l’obsession de l’époque moderne est le teint blanc à l’opposé d’un teint hâlé du travailleur. Parlons maintenant des modes vestimentaires et commençons par le « genre du vêtement ». Sous l’ancien régime les apparences vestimentaires sont déterminées par le sexe de l’individu. Prenons l’exemple du garçon. Durant les premiers mois de vie, le petit garçon est emmailloté comme tous les petits enfants. Jusqu’à l’âge de six ou sept ans, il porte des vêtements féminins (Jupe, robe par exemple) et ceci dans tous les milieux que ce soit à la cour ou dans les campagnes. Cette pratique est théorisée par la médecine de l’époque moderne. La médecine opposait l’homme chaud et sec à la femme froide et humide, on ajoute à cela des différences de caractères. À l’homme nous attribuions la grandeur, la vigueur, la robustesse et la pilosité à l'inverse de la femme qui s'illustrait par la petitesse, la mollesse et la fragilité par exemple. L’enfant lui possède les deux humeurs pendant sa période d’enfance, d’où les habits féminins pour le petit garçon jusqu’à un certain âge. Cette transition entre les deux sexes prend fin à l’adolescence. Toutefois, une femme ne pouvait pas porter de vêtements d’homme, quelques cas de « travestissement » sont attestés, souvent dû à la pauvreté et à la nécessité de porter une tenue d’homme pour avoir un travail d’homme. Cette double hiérarchie déjà entre les populations aisées mais aussi entre les hommes et les femmes est très révélatrice du rôle du vêtement dans la distinction sociale. En ce qui concerne ce secteur, les tableaux de la période se révèlent être un marqueur de la mode chez les élites et nous transmettent des indices importants.
    Le vêtement est un marqueur social, il donne une identité sociale à un individu. Le siècle des lumières marque un tournant dans le statut du vêtement, jusqu’alors étroitement contrôlé par l’Etat avec les lois somptuaires (éviter l’appropriation du statut de noble qui a commencé par le vêtement). Tout ce système de représentation vole en éclat au XVIIIe siècle, et cela permet aux classes les plus populaires de pouvoir garnir leurs garde-robes et de s’ouvrir à la mode et à la consommation. De plus, la révolution promulgue la liberté vestimentaire. Du côté masculin la mode ne change pas radicalement au XVIIIe, côté féminin c’est pareil, la mode est toujours un empilement des pièces sur le corps, mais le XVIIIe voit apparaître quelques nouveautés comme le modèle de la « robe à la française » qui s’impose vers la moitié du XVIIIe siècle, ce type de robe est connu pour son dos. De nouvelles formes de jupes et de robes se développent durant le XVIIIe siècle. La seconde moitié du siècle vit une nouvelle mode : celle de se vêtir plus commodément avec comme exemple la « robe à l’anglaise », sans dos. Durant tout le siècle fut aussi en vogue des vêtements inspirés de la coupe des robes comme les justes ou les vestes. L’empilement des tissus et des robes répond à une logique : celle de montrer la possession d’une garde-robe abondante qui rentre dans cette logique de distinction sociale. Concernant la silhouette du corps, le corset bien qu’il fut critiqué au XVIII siècle reste une pratique courante dans les élites dans une volonté de redressement du corps.
    Concernant le vêtement populaire même si l’évolution est lente, on remarque tout de même que grâce au développement des indiennes et cotonnades au XVIIIe, leur choix est désormais plus grand. Les archives de la police parisienne nous renseignent bien sur les vêtements populaires « grâce » au mouvement de foule du 30 mai 1770 lors du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette. Elles nous renseignent sur une pluralité des vêtements chez les couches populaires, et on remarque qu’il ne faut pas faire alors un amalgame avec la misère. En effet, les inventaires après décès des victimes montrent que la population parisienne pouvait être bien habillée et cela même si la logique vestimentaire des populations les moins aisées, n’est pas de « paraître » élégant, mais plus d’avoir des vêtements solides, qui peuvent garantir d'être protégé du froid par exemple en hiver.
    Passons maintenant à notre dernière sous partie qui concerne l’utilisation d’objet matériel qui caractérise tout autant la culture matérielle des hommes du XVIII siècle que la trinité alimentation, habitation et mode vestimentaire.
    Monnaie, outils de travail, armes, moyen de locomotion ect … de nombreux exemples peuvent être évoqués, nous tacherons de parler des plus importants et des plus notables. A travers l’étude de ces objets du quotidien on peut là encore aussi apercevoir des formes de distinctions sociales qui se font à partir de ces présents objets que nous allons voir dans la suivante partie.
    Premier exemple, la monnaie. Si pendant un instant nous enlevons sa symbolique financière et économique la monnaie représente un très bel exemple de cette culture matérielle. Même si l’argent n’est pas présente tous les jours dans le quotidien comme pour notre époque, les dernières études tendent à montrer que mêmes les ménages les plus modestes manipulaient la monnaie : dans une nécessité de payer l’impôt, un loyer, monnayer sa force de travail ect … . Généralement les pièces sont transportées dans les poches. Toujours grâce aux inventaires après décès en 1742 on trouva dans les poches d’un défunt, 19 louis d’or et 14 en argent, un poids conséquent. Il n’était pas rare de cacher ses pièces dans ses vêtements pour décourager les voleurs. Les Jetons, frappaient par les institutions de l’Ancien Régime, souvent confondus avec la monnaie, servaient à l’origine d’instruments de compte ou de supports de calcul elle servait surtout pour les marchands et les particuliers dotés d’une certaines fortune, les jetons gardèrent cette fonction jusqu’à la fin du XVIII. Les outils de travail, eux, nous révèlent par leur symbolique une appartenance à une classe sociale bien distincte par son utilisation. Commençons par l’exemple le plus logique et connu, les outils des paysans. Les inventaires après décès, encore une fois une source de premier plan, nous montrent une omniprésence de l’outil de travail chez le paysan. A côté de quelques meubles que nous avons cités dans la partie précédente, nous retrouvons un assez grand nombre d’outils liés à la pratique agricole. Bêches, râteaux, faux, houes, faucilles…, occupent une place centrale dans l’univers matériel du monde rural car il ne faut pas oublier que l’essentiel étaient des cultivateurs… . On distingue 5 types d’outils principalement utilisés qui avaient chacun une utilisation spécifique (selon Annie Antoine) : ceux de l’élevage, du traitement des grains, de la récolte, du jardinage et ceux servant à l’exploitation de la terre. Il pouvait s’ajouter d’autres outils selon la spécialité régionale. Passons maintenant aux outils de l’artisanat, encore plus dans ce monde ci, la pluralité des outils est infinie et cela à cause de la multitude de métier et de la diversité des outils nécessaires à leur exercice. Ces objets façonnent l’identité de leurs utilisateurs. Cependant, ce secteur artisanal fait face au progrès et au début du machinisme durant le XVIII siècle. En effet ces métiers souvent compliqués, nécessitent un apprentissage long, et une maîtrise parfaite de « son art », avec l’exemple des tondeurs de laine qui refusèrent d’abandonner le travail au curot pour la mailloche. La raison est simple pour eux, la mécanisation du mouvement rend la tâche moins accomplie et moins « parfaite ». Les résistances qu’opposèrent les « ouvriers » à ce début du machinisme au siècle des lumières est compréhensible, la machine supprime leur travail, mais aussi leur savoir-faire qui représente leur force de travail. Le XVIII siècle fut en effet celui des nombreuses recherches dans la mécanisation de la production et cela en particulier dans un secteur important de ce siècle : le textile. Cette première phase de la mécanisation au XVIII siècle n’est pas encore dangereuse pour les ouvriers. Ce n'est qu'un siècle plus tard que celle-ci sera plus importante. Dans les campagnes comme les villes, l’apparition de la machine signifiait misère pour les travailleurs à la veille de la révolution, dans un contexte de crise économique terrible, les cahiers de doléances sont une belle source de ce mécontentement : on trouve dans ce du baillage de Rouen dans un peu plus de 50% des demandes apparaît la doléance de : « suppression de machine ». Autre exemple, celui de l’arme pour les soldats. Cette dernière représente son outil de travail, elle implique aussi une compétence dans son utilisation, même si les soldats n’étaient pas les seuls à se servir des armes dans une société marquée par la violence. Les archives judiciaires nous montrent une omniprésence dans la société française. En cas de danger n’importe quels objets du quotidien pouvaient devenir une arme. L’épée n’est pas une arme réservée à la noblesse, des archives nous montrent que de nombreux roturiers possèdent une épée. Mais cette possession commence à devenir plus rare dès le XVII siècle et tout au long du XVIII siècle avec des lois ne donnant le droit du port de l’épée qu’aux nobles (pour éviter d’avoir l’appropriation illégale du statut de noble et donc être exempté d’impôt). Mais malgré cet interdit, on retrouve de nombreux cas où des roturiers ont bravé ce dernier. Cette attraction de l’épée, même avant que les ordonnances royales ne limitent sa possession qu’à l’ordre de la noblesse, était très liée à l’identité noble.
    Parlons de l’uniforme, qui peut être considéré bien sûr comme un vêtement, mais qui par sa signification devient un outil de travail pour le soldat. Au XVII siècle l’uniforme ne permet pas de distinguer le militaire du civil par l’habit c’est au XVIII siècle que la monarchie prend en main la création des uniformes et va « permettre » une distinction entre civil et militaire grâce à l’uniforme. De 1690 à 1760, les soldats portaient un habit de drap ample, un justaucorps de coupe longue, une culotte… . Une série de textes dans les années 1760-1770 contribuent au changement de l’uniforme. Plus étroit, plus serré, ces aspect marque la rigueur et ce qu’on attendait du soldat : de la discipline. Que ce soit avant ou après, les officiers portaient les mêmes tenues que leurs soldats. La couleur dominante des uniformes était le blanc, le choix du blanc s’expliquait pour des raisons économiques et pratiques, en effet les draps blancs était moins chers et plus solides. La distinction des différents corps au sein de l’armée se faisait par les parements de couleur, les nombres des boutons et autres détails de parure. Certains régiments comme les régiments étrangers par exemple ou ce de la maison du Roi marquaient plus nettement la différence avec des habits rouges ou bleus par exemple. Pour nous donner une idée de grandeur de de la production, pour la période de 1720 à 1750 : on parle de 50 000 justaucorps, 160 000 culottes par an, soit 75 000 mètres de drap produit dans la ville de Lodève par exemple (qui bénéficie d’un monopole drapier, grâce au cardinal de Fleury). L’uniforme contribue à créer une identité de corps. Intéressons-nous maintenant à l’aspect matériel des transports du XVIII siècle et de son réseau routier.
    Le XVIII siècle marque un tournant dans l’aménagement des routes par la monarchie. Elles connaissent une amélioration suffisante pour permettre une réduction très nette des temps de trajets. Un arrêt du conseil daté du 3 mai 1720 nous renseigne sur les grands chemins : une largeur d’environ 60 pieds (20 mètres) ils devaient faire cohabiter une chaussé centrale et deux chemins de terre latéraux. En 1747 fut créée l’école des Ponts et Chaussés destinée à former des ingénieurs de haute qualité. A l’amélioration des réseaux s’ajoute celle des transports. Dans la seconde moitié du XVIII siècle, les coches et carrosses sont remplacés par des diligences équipées de suspension à ressort qui sont généralisées sous Turgot, en instituant en 1775 une régie des diligences et Messageries. Les temps de parcours furent amoindris grandement. En 1780 : il ne fallait plus qu’une journée pour relier Paris à Orléans contre deux jours et demi en 1765. Toutefois, ce développement de la voirie sur les grandes routes ne masque pas que le réseau routier français est très en retard par rapport au réseau fluvial par exemple. La navigation fluviale moins coûteuse et souvent plus aisée que le transport terrestre était tout même dangereuse à cause de nombreux obstacles (tel que les moulins, un courant rapide ou des barrages par exemple). En 1789, le royaume dispose de 8000km² de voie navigable. L’opposition voie fluviale et voie terrestre ne doit pas cependant être exagérée, car souvent en réalité les deux étaient complémentaires. En ce qui concerne les transports, le coût de celui-ci était souvent dissuasif et l’essentiel des parcours se faisaient à pied. Voyager à cheval n’était pas un luxe offert à tout le monde, car même un bidet représente un investissement non négligeable pour les populations les moins aisées. Monter à cheval était ainsi distinctif et était souvent réservé aux élites. Les femmes n’étaient pas exclues de ce mode de locomotion mais dans une logique de pudeur, on leur interdit de monter sur le dos de l’animal à califourchon.
    Pour terminer abordons un dernier objet, important à situer dans cette notion de culture matérielle, le livre. Le livre possède une donnée matérielle tout autant qu’une donnée littéraire. Il est bien sur important pour parler de son histoire matérielle occidentale, de rappeler l’invention de l’imprimerie dans les années 1450, le mode de production de livre et totalement bouleversé et son essor se fera tous le long de l’époque moderne. L’invention de l’imprimerie ne révolutionna cependant pas l’aspect matériel du livre, car il conservera sa forme manuscrite jusqu’au début du XVI siècle. Le point qui nous intéresse est que cette invention de l’imprimerie bouleverse les modes de diffusion du livre. L’étude des inventaires parisiens montre que les marchands et artisans étaient encore des acheteurs rares de livre mais qu’ils représentaient une fraction bien réelle dans les personnes possédant des livres. C’est au XVIII siècle que les chiffres vont grossir, alors que pourtant, la lecture ou la consultation d’un livre pouvait se faire en dehors de l’achat de celui-ci avec la multiplication des cabinets de lecture ou des bibliothèques. Prenons l’exemple de ville de l’Ouest par exemple comme Brest, Caen ou Nantes, 27 ,5% des inventaires après décès de la période 1697-1698 mentionne la présence d’au moins un livre, 34,6% sur la période de 1727-1728 , 36,7% sur la période 1757-1758 et 34,6% pour la période 1787-1788. Cette croissance globale masque tout de même une diffusion inégale selon le rang social. A Paris au milieu du XVIII siècle, les possesseurs de livres sont surtout des écrivains, bibliothécaires, les professeurs, les avocats, le clergé, les officiers du parlement et les nobles de la cour. A l’inverse ils étaient plutôt rare chez les marchands, les compagnons et les hommes de petit métier par exemple, dans ce genre de classe sociale, la possession du livre n’a pas de cas général, elle varie selon plusieurs facteurs. On remarque tout de même à la veille de la Révolution que le peuple parisien, commence à être un consommateur du livre. Ainsi nous pouvons observer les variations sociales à travers la possession du livre. Les populations les moins aisés se tournés souvent vers des livres de dévotion (à vocation religieuse) alors dans les bibliothèques des milieux aisés, la variété était maîtresse. L’importance de la lecture au siècle des lumières, fit naître toute une économie autour d’elle. En effet, le développement de lieux ou de maisons spécifiques à la lecture se développent de plus en plus au XVIII siècle, ainsi qu’un mobilier spécifique à celle-ci, les demeures aisés par exemple disposé de chaise longues avec pupitre incorporé, des chaises « anglaises » pour lire ou pour dormir ou des liseuses pour ne citer que ces exemples.
    Pour conclure la notion de culture matérielle comme nous l’avons présenté rapporte de tous ce que l’homme créer ou se sert dans son quotidien. Cette définition est très juste pour le siècle des lumières, ou l’on a vu un quotidien des hommes bouleversés par des évolutions matérielles, par le progrès technique, et une évolution des mœurs qui se lit sur la trinité alimentation, habitation et vêtement. Il ne faut pas oublier aussi l’importance des objets du quotidien tel que les outils de travail, les armes ou les livres comme nous l’avons montré, car ces derniers sont au cœur du quotidien des hommes et sont un très bon indicateur de la notion de culture matérielle. Néanmoins cette notion de culture matérielle nous montre aussi une très grande disparité sociale entre les populations aisées et « populaires », car les habitudes vestimentaire ou alimentaire par exemple, sont un très fort marqueur social et nous permettre de différencier les personnes. Le XVIII siècle marque, une amélioration des classes les plus populaires par rapport aux siècles précédent, Il faut se méfier des sources contemporaines du XVIII siècle, qui nous présente un peuple ou des paysans vivant dans la misère et dans la précarité la plus difficile, il faut nuancer cette vision, car elle est trop généralisé, malgré une présence dans certains cas de précarité la plus extrême.
    Bibliographie :
    BRAUDEL(Fernand), Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme XVe-XVIII siècle, Les Structures du Quotidien, T1, Paris, Armand Colin, 1979, 544p.
    FARGE(Arlette), Le Peuple et les choses, Paris au XVIII siècle, Villeneuve-d’Ascq, Bayard, 2015, 156p
    MEISS(Marjorie), La Culture matérielle de la France XVIe-XVIII siècle, Paris, Armand Colin, 2016, 288p
    ROCHE(Daniel), Le peuple de Paris, Paris, Fayard, 1998, 380p.

  2. #2
    Prétorien Avatar de marcanius
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    j'aurais de quoi lire
    " nous pauvres mortels ne sommes qu'ombres et poussières !"

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